SARRUT Marilou

Doctorante à l’IRD, Fellow ICM
Géographie, Anthropologie
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Sujet de Thèse

Fabriquer la « jungle du Darién ».
La « frontière naturelle » : un dispositif contemporain du contrôle migratoire

Co-direction de thèse :

Soutenance de la thèse

Lundi 22 juin, 14 heures à la Halle aux farines, salle 580 F (5ème étage par les escaliers F1 et F2 ou l’ascenseur F, entrée par 10 rue Françoise Dolto, 75013 Paris).

Le jury est composé de :

Michel Agier, anthropologue, Directeur de recherche émérite (IRD), Directeur d’études (EHESS)
Anne-Laure Amilhat-Szary, géographe, Professeure des Universités (Université Grenoble-Alpes)
Virginie Baby-Collin, géographe, Professeure des Universités (Aix-Marseille Université)
Laurent Faret, géographe Professeur des Universités (Université Paris Cité)
Gabriel Feltran, sociologue, Directeur de recherche (CNRS, Sciences Po)
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, anthropologue et psychologue, Professeure des Universités (INALCO)
Damien Simonneau, politiste, Maître de conférences, (INALCO)

Merci de bien vouloir me faire part de votre présence, sur place ou à distance (j’enverrai le lien par mail), en vous inscrivant ici : https://forms.gle/zoVYjEFMUT3CziqX7

Résumé de thèse

Entre 2015 et 2024, un million de personnes migrantes provenant de plus de 70 pays ont traversé la « jungle du Darién ». Vaste étendue de forêt tropicale recouvrant la frontière colombo-panaméenne, cet espace également surnommé le « bouchon » ou l’« enfer » du Darién est devenu une route migratoire majeure pour rejoindre les États-Unis, à la suite des multiples restrictions de visa et de fermeture de frontières. Depuis quelques années, cette traversée est représentée par les médias internationaux comme l’une des « routes migratoires les plus dangereuses au monde ». La « jungle du Darién » s’inscrit ainsi parmi les nouvelles figures des « frontières naturelles » qui jalonnent les trajectoires migratoires depuis le début du XXIème siècle, à l’instar de la mer Méditerranée, de la Manche, du désert de Sonora et du Sahara, des montagnes des Alpes et plus récemment de la forêt entre la Pologne et la Biélorussie. Présentées politiquement et médiatiquement comme des espaces « hostiles » provoquant des morts « naturelles » et donc dénuées de responsabilité étatique, ces « frontières naturelles » sont en réalité le résultat de politiques migratoires de plus en plus complexes. De récents travaux ont alors mis en évidence que les États instrumentalisent la « nature » afin d’opérer des sélections raciales mais aussi genrées des personnes migrantes (Heller, 2014 ; Schindel, 2020 ; Bachellerie, 2024).

En mobilisant une approche pluridisciplinaire croisant anthropologie, géographie et science politique, je démontre que les « frontières naturelles » ne sont pas seulement l’œuvre d’une instrumentalisation de la « nature » mais constituent un dispositif de contrôle migratoire multi-scalaire et multi-acteurs, à part entière.

C’est à partir de l’étude de cas de la « jungle du Darién » que je conceptualise ce dispositif. En effet, la traversée migratoire y est présentée comme un espace « hostile » échappant au contrôle étatique : où les personnes migrantes seraient d’abord contrôlées par des acteurs « criminels », puis mises en danger par la « nature », avant d’être « sauvées » par des acteurs « humanitaires ». Or, je montre que cette « hostilité » est une construction historique et politique, issue de narrations – impériales, coloniales et modernisatrices – qui ont durablement façonné les manières de penser et de gouverner ce territoire.

À partir d’une enquête ethnographique multi-située menée pendant huit mois entre 2022 et 2023 à l’entrée et à la sortie de la « jungle du Darién » et de plus d’une centaine d’entretiens avec des acteurs étatiques, associatifs, territoriaux et des personnes migrantes, j’interroge alors : qui sont les acteurs qui façonnent et gouvernent cet espace frontalier ? Quels sont les effets de ces régimes de gouvernance et comment les personnes migrantes s’y adaptent ?

En retraçant les parcours migratoires, je mets en évidence que les États frontaliers et l’État de destination – les États-Unis – façonnent activement le contrôle de cette traversée par l’articulation de trois régimes de gouvernance : un régime qui opère une sélection économique par sous-traitance de l’État colombien à des acteurs « criminels » (1) ; un régime mis en œuvre par l’État panaméen qui produit une sélection létale en « armant » la « nature » (2) ; et un régime qui effectue une sélection racialisée à travers une « vitrine » humanitaire par « externalisation » depuis les États-Unis (3).

Cette articulation, qui permet aux États d’exercer une triple sélection tout en se dédouanant de leurs responsabilités à travers des acteurs « moraux », est conceptualisée dans cette thèse comme un « paysage frontalier moral ». Cet outil théorique qui articule le concept de « paysage frontalier » (Agier, 2014 ; Brambilla et al., 2015) et celui de « géographie morale » (Schmoll, 2025) permet d’appréhender la « frontière naturelle » comme un dispositif où l’externalisation de la responsabilité constitue à la fois le mécanisme même du contrôle migratoire frontalier et le principe qui en assure son invisibilisation et de facto sa perpétuation.

Mots clés : Frontière naturelle, paysage frontalier, géographie morale, personnes migrantes, contrôle migratoire, hostile

Axes :

  • Axe thématique n°2 : S’approprier, contester, lutter : spatialité, domination, violence

Communications

Entre contrainte et autonomie, penser les trajectoires migratoires extracontinentales en Amérique Centrale. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Colloque - Costa Rica « Migraciones Africanas contemporáneas en América Latina », Instituto de Investigaciones Sociales (IIS), Universidad de Costa Rica (UCR), 13-14-15 octobre 2021.

Inmovilidades, esperas y resistencias migrantes entre Mexico y el Darién. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Séminaire - Movilidades en contextos migratorios, IIS-UNAM, Mexique, 11 août 2022.

Entre contraintes et autonomie : projets, trajectoires et capacités d’adaptation des migrants dits « extracontinentaux » en transit en Amérique Centrale. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : VI Conversatorio de Investigación, Centro Regional Universitario de Darién, Panama, 16 septembre 2022.

Entre contraintes et autonomie : projets, trajectoires et capacités d’adaptation de migrants dits « extracontinentaux » en transit en Amérique Centrale. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Journée de rentrée, Institut Convergence Migrations, Paris, 19 septembre 2022.

Retourner de son terrain : une analyse d’une méthodologie post-terrain. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Journée des doctorants, Institut Convergence Migrations, Paris, 25 novembre 2022.

Briser le mythe de la « jungle qui tue » : analyse du rôle des intermédiaires dans la traversée du Darién. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Séminaire - Méthodologies et enjeux, CESSMA, Paris, 29 mars 2023.

Observaciones y análisis de las economías locales en la travesía del Darién (frontera entre Colombia y Panamá). Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Café en ligne, Laboratoire international LMI MESO, mai 2023.

Impact of migration in transit on the natural and social ecosystems of the Darién Biogeographic Region. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : 9ᵉ édition - Science Summit, 78ᵉ Assemblée Générale des Nations Unies, New-York, 27 septembre 2023.

Briser le mythe de la “jungle qui tue” : analyse du rôle des intermédiaires dans la traversée de la jungle du Darién. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Séminaire - “Les intermédiaires de la migration”, Laboratoire Migrinter, Poitiers, 18 mars 2024.

Traverser la jungle du Darién : des dispositifs migratoires dans un paysage frontalier. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Axe 1 - Mobilités dans les Suds, Laboratoire CESSMA, Université Paris Cité, 24 avril 2024.

Breaking the Myth of the "Jungle that Kills" : The Darien Jungle as a borderscape (Colombia-Panama Border). Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Colloque international - Nouvelles perspectives sur les migrations en Amérique latine, University of Durham, Angleterre, 23 mai 2024.

Instrumentalisation de la nature et déresponsabilisation politique dans la traversée migratoire du Darién (frontière Colombie – Panama). Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Séminaire Non-lieux de l’exil, Uxil et Axe 1 CESSMA, Paris, 29 mai 2024.

Briser le mythe de la “jungle qui tue” : analyse du rôle des intermédiaires dans la traversée de la jungle du Darién. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Séminaire Économies migratoires et circulations transnationales, UMR ART-Dev, Université Paul-Valéry, Montpellier, 11 octobre 2024.

The Darien Jungle : A Natural Frontier as a Moral Alibi ? Unraveling Political and Media Instrumentalization of Migration Crossing the Colombia-Panama Border. Marilou Sarrut (IRD, CESSMA) : Border Realities : Beyond Nature and Culture, Université de la Grande Région, Center for Border Studies, en Ligne, 23 novembre 2024.

Publications

  • Chapitre d’ouvrage :

Marilou Sarrut et Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, (2021). Le double exil dans un village du Var  : formes de vie et code moral à travers la langue. In Galitzine-Loumpet, A. & Saglio-Yatzimirsky, M.-C. Les camps de Babels, médiations et interactions dans les espaces de l’asile.

  • Articles :

M. Sarrut, J. Echeverri Zuluaga et S. Valenzuela Amaya (2023) Briser le mythe de la « jungle qui tue » : analyse du rôle des intermédiaires dans la traversée du Darién (frontière Colombie-Panama), Revue européenne des migrations internationales, vol. 39 - n°4 | 2023, 15-42. URL : https://journals.openedition.org/remi/24401

M. Sarrut et M.-C. Saglio-Yatzimirsky, (2023). Laisser traces en transit : expériences et langages en itinérance. Revue Polygraphe(s), approches métissées des actes graphiques, Itinérances, Mobilités et Migrations, n° 5 | 2023, 5-15.

M. Sarrut (en cours de publication) Une frontière aux multiples visages : Une ethnographie de la traversée migratoire de la Jungle du Darién (Frontière Colombie-Panama), Revue Multitudes

Médias

04 juillet 2024 : Intervention, Radio Télévision Suisse (RTS), pour l’émission Tout un Monde :“ Peut-on fermer la dangereuse route migratoire qui traverse la jungle du Darién ?”

04 mai 2024 : Intervention Radio France International (RFI), pour la Matinale,“La question migratoire s’invite dans la campagne de José Raul Mulino”

28 avril 2024 : Entretien avec Julia Pascual pour Le Monde : Au Panama, l’enfer de la jungle du Darién, sur la route du rêve américain”
Décembre 2023 :

Entretien avec William Gazeau pour Le Vif : “Pour les Chinois, le rêve américain passe par la jungle colombienne”

Entretien avec William Gazeau pour La Croix : “Entre Colombie et Panama, les migrants devant l’enfer vert : “J’ai peur qu’on m’oblige à retourner au Venezuela”

Activités d’enseignement dans l’enseignement supérieur

2023/2024 : Enseignante DCE - Paris Panthéon Sorbonne/EHESS - Master Migrations Institut Convergences Migrations - 64 h

  • Tutorat et accompagnement stage ou mémoire - M1
  • Semaine de terrain collectif à Marseille - M1
  • Mise en place de permanences individuelles - M1
  • Cour de préparations aux projets doctoraux pour M2

2024/2026 : Demi-ater EHESS - Master Migrations Institut Convergences Migrations - 96 h

  • Méthodologies et Enjeux - M1
  • Tutorat et accompagnement stage ou mémoire - M1
  • Semaine de terrain collectif - M1
  • Tutorat Collectif - M2

Autres Activités

  • Peer-Review - Health and Human Rights Journal - Harvard University - Boston
  • Coordination et co-organisation de la journée scientifique de rentrée de l’Institut Convergence Migrations (13.09.24) - , Des frontières qui tremblent
  • Consultante et formatrice (95h) - Programme des Nations Unis pour le developpement - PNUD - Panama
  • Jury des Lauréats 2023 - Résidence d’écriture - Maison du Banquet et des générations - Lagrasse
  • Exposition - Cartographies d’exils - FMSH - Université côté d’Azur & URMIS - Nice