Axe thématique n°1 : « S’approprier, contester, lutter : spatialité, domination, violence »

Directrice de thèse :
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky

Résumé de thèse :

Depuis les années 1978, les mutations politiques et les événements en Afghanistan ont engendré d’importantes vagues migratoires, faisant de ce pays l’un des principaux foyers d’origine des réfugiés. La population afghane en situation de réfugié, ou demandant l’asile, s’élève à 6,4 millions, dont près de la moitié sont des femmes et des filles, ainsi que 45 % d’enfants (Afghanistan Situation, s. d.). Dans une perspective réaliste centrée sur l’État en matière de relations internationales, l’ampleur de cette migration, équivalant à une crise historique, suscite des préoccupations dans de nombreux pays, tant dans la région qu’à l’échelle mondiale. Toutefois, en parallèle avec l’émergence de la littérature portant sur les études migratoires, les envois de fonds et le transnationalisme dans les années 1970, une nouvelle vision se dessine, suggérant que la diaspora, constituée d’une part importante de la population immigrée, peut jouer un rôle central en tant que moteur de développement et agent de changement socio-culturel et politique dans le pays d’origine (Chauvet et al., 2018). Ce potentiel se matérialise à travers les transferts sociaux et financiers. Par exemple, en 2020, les transferts de fonds vers l’Afghanistan sont estimés à 788,9 millions de dollars. Ces transferts représentent près de 4,1 % du PIB de l’Afghanistan, ce qui en fait le cinquième pays bénéficiaire d’Asie du Sud en termes de contribution au PIB national (Ratha et al., 2021a). Étant donné le système de Hawala, cette contribution pourrait être considérablement accrue (Les transferts de fonds vers l’Afghanistan sont des bouées de sauvetage, 2022). La migration en tant que stratégie personnelle et familiale est une pratique ancienne, remontant à l’Antiquité, et les Afghans ont été présents dans divers pays du monde à travers différents canaux tels que le commerce, les pèlerinages religieux et les activités éducatives (Crews, 2015). De plus, les nombreux conflits prolongés ont largement influencé la survie et le développement des réseaux migratoires afghans. Comme l’a souligné Monsutti en 2004, la migration est devenue un aspect omniprésent de la vie de nombreux Afghans qui s’intègrent dans la « société en réseau », où ils contribuent activement à la création de divers réseaux sociaux pour maintenir leurs liens avec leurs lieux d’origine. Ces effets n’ont pas toujours été bénéfiques, contribuant parfois à des inégalités sociales (Levitt, 2001) et à l’instabilité politique. Ce projet de recherche, examine en profondeur la relation complexe entre la diaspora afghane et sa communauté d’origine, en se penchant sur le flux dynamique des transferts financiers et sociaux sur une longue période. En mettant l’accent sur l’évolution et la transformation des valeurs sociales locales ainsi que des concepts culturels tels que la vie, la loyauté, la confiance, la solidarité, l’engagement, la responsabilité, la famille, le mariage et le sentiment patriotique, cette étude propose une analyse exhaustive de l’impact varié des liens diasporiques. L’étude se focalise principalement sur les niveaux micro et méso, laissant de côté une analyse approfondie des impacts au niveau macro. Toutefois, elle vise à offrir une vue d’ensemble générale des considérations à ce niveau. Ma méthodologie comprendra une revue de la littérature, une enquête auprès de 40 à 50 migrants et réfugiés afghans, une série d’entretiens avec des décideurs politiques ainsi qu’avec des autorités publiques et privées en France, ainsi qu’une collecte de données provenant de l’enquête nationale sur les réfugiés et les migrants. Pour évaluer l’impact des envois de fonds sociaux et financiers par la diaspora afghane au niveau local, je réaliserai une série d’entretiens complémentaires à distance avec certaines familles et individus restés en Afghanistan. Cette étude met en lumière non seulement l’évolution des valeurs culturelles au sein de la diaspora afghane, mais offre également un aperçu des influences réciproques sur la communauté d’origine. Les résultats contribuent à une compréhension approfondie de l’interaction complexe entre les réseaux diasporiques et les dynamiques culturelles locales, fournissant des perspectives précieuses aux décideurs, aux leaders communautaires et aux chercheurs intéressés par les aspects sociaux et culturels des études sur la diaspora.

Mots-clés : diaspora afghane, transferts de fonds, concepts culturels, valeurs sociales, transnationalisme.