HAMIDI ABDUL-HAKIM

Présentation générale ;

  • Depuis Septembre 2023 – Doctorant en "sociologie-anthropologie"
    Institut national des langues et civilisations orientales, INALCO
  • 2015-2017 Master of Human rights and Humanitarian action, Sciences Po, PSIA, Paris
  • 2008-2012 Licence (Bachelor degree) en Histoire, Université d’Herat, Afghanistan
  • Contact abdulhakim.hamidi@inalco.fr

Sujet de thèse :

Diaspora afghane, transnationalisme et transferts
Comment les familles et les réseaux sociaux reconfigurent-ils la vie sociale au-delà des frontières ?

Axe thématique n°1 : « S’approprier, contester, lutter : spatialité, domination, violence »

Directrice de thèse :
Mme Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky ; Professeur des Universités- Anthropologie de l’Inde et de l’Asie du Sud, Inalco et Chercheur statutaire, CESSMA (UMR 245)

Résumé de thèse :

Depuis les années 1978, les mutations politiques et les événements en Afghanistan ont engendré d’importantes vagues migratoires, faisant de ce pays l’un des principaux foyers d’origine des réfugiés. La population afghane en situation de réfugié, ou demandant l’asile, s’élève à 6,4 millions, dont près de la moitié sont des femmes et des filles, ainsi que 45 % d’enfants (Afghanistan Situation). Dans une perspective réaliste centrée sur l’État en matière de relations internationales, l’ampleur de cette migration, équivalant à une crise historique, suscite des préoccupations dans de nombreux pays, tant dans la région qu’à l’échelle mondiale. Toutefois, en parallèle avec l’émergence de la littérature portant sur les études migratoires, les transferts sociaux, financières et le transnationalisme dans les années 1970, une nouvelle vision se dessine, suggérant que la diaspora, constituée d’une part importante de la population immigrée, peut jouer un rôle central en tant que moteur de développement et agent de changement socio-culturel et politique dans le pays d’origine (Chauvet et al., 2018).

Mes observations de longue durée auprès de divers groupes sociaux en Afghanistan, combinées à plusieurs années d’expérience vécue dans le pays, m’ont progressivement conduit à une réflexion sociologique plus large — bien que nécessairement provisoire — sur les rapports entre migration, transnationalisme et transformation sociale. La circulation des ressources financières, les réseaux transfrontaliers de solidarité et les économies de remittances existaient en Afghanistan depuis plusieurs décennies, notamment à travers les connexions migratoires avec l’Iran, le Pakistan et, plus tard, les pays occidentaux. Toutefois, ces flux transnationaux demeuraient souvent concentrés autour de stratégies de survie des ménages et de formes limitées de reproduction économique.

Ce qui semblait comparativement moins développé concernait la circulation plus large, la traduction sociale et l’institutionnalisation de savoirs techniques, de compétences professionnelles, de capitaux éducatifs, de pratiques organisationnelles et de normes sociales susceptibles de produire des formes plus durables de transformation aux niveaux micro- et mésosociologiques. À cet égard, le cas afghan soulève d’importantes interrogations sociologiques concernant la transmission inégale de ce que Peggy Levitt conceptualise sous le terme de « transferts sociaux » (social remittances) dans The Transnational Villagers (2001), à savoir la circulation d’idées, de valeurs, de comportements, d’identités et de formes de capital social transférés par les migrants depuis les sociétés d’accueil vers les communautés d’origine. Si les transferts financières constituent depuis longtemps une composante essentielle des économies familiales transnationales en Afghanistan, la circulation et l’incorporation sociale des transferts non matérielles demeurent beaucoup plus fragmentées, inégalitaires et socialement contestées. C’est précisément cette tension entre les transferts financiers et l’institutionnalisation inégale des transferts sociaux qui constitue l’un des enjeux analytiques centraux de cette thèse.

La problématique centrale de cette thèse réside dans la compréhension de la manière dont des décennies de migration forcée et la constitution de vastes réseaux diasporiques transnationaux afghans ont contribué à transformer la société afghane au-delà de l’expérience immédiate du déplacement elle-même. En mettant l’accent sur la circulation des transferts sociaux et financières, cette recherche vise à examiner comment les processus migratoires facilitent la diffusion de nouvelles normes sociales, de pratiques culturelles, de formes de savoir et d’imaginaires sociaux au sein des familles, des générations et des groupes sociaux situés dans des champs sociaux transnationaux.